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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 14:10

Tilted-Arc.jpg

 

Tilted Arc, Richard Serra, 1981 (démontée en 1989), plaque d’acier Corten de 3,6m de haut sur 36,6m de long, Federal Plaza, New York, Etats-Unis d’Amérique.

 

L’Art se rencontre habituellement dans des lieux lui étant dédié (exemple : les musées), et où l’exposition des oeuvres est étudiée pour que rien ne vienne troubler le regard du public et que celui-ci soit guidé. Mais l'Art peut aussi s'inviter dans des lieux divers qui ne lui sont pas spécialement réservés (publics, naturels, etc.). Lorsqu'une œuvre est installée dans un lieu particulier et en fonction de celui-ci, on parle d'œuvre In Situ (latin = “sur place”); une expression indiquant qu'elle est réalisée uniquement pour le lieu qu'elle occupe.

Dans un espace public, à l'extérieur de tout musée, une œuvre acquiert de nouvelles fonctions et un nouveau fonctionnement. C’est précisement l’objectif de l’Art In Situ. Elle peut ainsi : _Toucher un plus grand nombre de gens : l'espace est ouvert, libre d'accès. Tout un chacun peut s'y rendre sans discriminations. _Embellir le lieu : l'œuvre permet de s'intéresser à nouveau à un lieu délaissé, méconnu ou au contraire, devenu commun. _Créer un lien avec l'espace : l'œuvre est conçue en fonction des caractéristiques de cet espace, de sa lumière, de son organisation, des gens qui le fréquentent etc. _Créer un jeu avec l'espace : l'œuvre échange avec l'espace qui l'accueille, elle le modifie ou modifie sa perception, sa compréhension ; elle utilise ses caractéristiques, les détourne, les amplifie etc.

 

Né en 1939 à Chicago, Richard Serra est un artiste contemporain travaillant in situ depuis plusieurs années. Il est rattaché au Minimalisme, un courant artistique qui suit l'idée que le moins fait le plus ("Less is more"). Ce courant revendique de fait une intervention minimale des artistes dans le processus de création de l'oeuvre, par l'emploi de formes géométriques simples et l'usage de matériaux nouveaux (acier, béton, plastique), fabricables industriellement sur leurs directives, évitant ainsi toute retouche ou modification. Pour Serra, et depuis les années 70, ce sera l'acier Corten, qu'il installera sous forme de plaques aussi bien en intérieur qu'en extérieur. Son intérêt pour ce matériau tient autant de son aspect brut que des rapports de mouvement, d'équilibre et de déséquilibre qu’il inspire.

 

C'est ainsi qu'en 1981, il installa en travers de la Federal Plaza de New York, une gigantesque plaque de métal de 3,6m de haut sur 36,6m de long. C'est un place d'affaires, où circulent chaque jour de nombreux et pressés businessmen. L'œuvre a donc fortement perturbé leurs activités puisqu'elle entravait par ses dimensions gigantesques leurs déplacements et leurs habitudes. Si bien qu'en 1989, suite aux innombrables protestations des riverains, elle fut démontée par la ville, avec l’accord de l'artiste pour qui, en vertu des principes de l'art in situ, elle ne pouvait être réintégrée ailleurs. L'objectif de Serra était malgré tout atteint : faire de la rencontre avec l'Art un rapport de force.

 

La plaque, de plusieurs tonnes, était en effet simplement maintenue en équilibre. Son poids était si imposant, et le calcul de Serra si précis, qu'aucune fixation n'était nécessaire pour la maintenir debout sans le moindre risque. Malgré tout, elle représentait de par son gabarit une menace, au même titre qu'un véritable obstacle, créant chez les piétons un sentiment d'insécurité et de petitesse; sentiment accru par la nature des professions circulant par cette place, toutes liées à l'économie et aux finances. Le danger potentiel devenait une source d'émotion que le mouvement des piétons alimentait jour après jour.

Assez haute, elle obstruait la vision d'ensemble qu'offrait autrefois la place, modifiant la perception des bâtiments alentours. Elle redirigeait donc les regards, tout comme les mouvements, qui dépendaient désormais de sa présence. Il n'était en effet plus possible de se déplacer sans tenir compte d'elle ; impossible à franchir, il fallait la contourner, faire des détours, changer les habitudes de trajet prises sur une place autrefois champ libre. Toute la vie liée à un environnement et sa perception s'en trouvait bouleversée par le nouvel ordre imposé par l'œuvre, simple mur d'acier. En remodelant le lieu de sa présence, elle remodelait ainsi profondément ses occupants, qu'elle dirigeait ou plaçait dans une situation de stress mêlée d'admiration pour la beauté “naturelle” de la couleur rouille et des lignes courbes, élancées et pures qu'elle dessinait sur l'environnement.

 

Fiche réalisée par M. Valery

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