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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 14:03

Œuvrer pour résister : De l’écriture à l’œuvre

Liberté

 

De Paul Eluard  (1895-1952) à  Jean Lurçat (1892 à 1966)

 

Liberté (extrait)

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes raisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

 

 

 

Paul Eluard, Poésies et vérités, 1942

 

 

Pendant la guerre, engagé dans la Résistance, Paul Eluard participe au grand mouvement qui entraîne la poésie française, et le poème Liberté ouvre le recueil Poésie et Vérité paru en 1942.
Les textes qui forment ce recueil sont tous des poèmes de lutte. Ils doivent entrer dans la mémoire des combattants et soutenir l'espérance de la victoire : comme on le faisait pour les armes et les munitions, le poème Liberté à été, à l'époque, parachuté dans les maquis.

 

 

 

 

 

Ce poème  de Paul Eluard est un hymne à la liberté. Il était destiné à être entendu par les résistants.

Le poète  décrit la situation du peuple pendant la guerre (armes des guerriers), la mort, l'obscurité, la destruction, l'emprisonnement (sang- cendre- nuit-ombres -chiffon- détruits- écroulées-ennui- moisi- démente (folie des hommes)- murs de mon ennui-orage, pluie)

En décrivant tout ce sur quoi il faut écrire le mot liberté, le poète décrit ce qui est privé de liberté : pas de liberté d'enseigner, censure (pages lues, pages blanches, silence), souffrance physique et mort des hommes, pas de liberté de circulation, privation matérielle et morale (solitude nue).

MAIS  Paul Eluard envoie aussi un message d’espoir aux combattants.

 

Il existe une progression chronologique dans le texte: il part de l'enfance (école; livres d'images, monde des contes: roi, guerriers)- puis l'enfance apparaît comme un souvenir, signe qu'il a vieilli (l'écho de mon enfance) puis  de l’adolescence , le temps de l'amour (saisons fiancées) pas forcément heureux (l'absence sans désirs, la solitude) enfin la vieillesse (difficultés de santé- marches de la mort):

 

c'est tout au long d'une existence qu'il faut lutter pour la liberté. 

 

 

 

Structure du poème :

Ce poème est composé de vingt strophes. Ces quatrains se compose de trois heptasyllabes (7) et d’un tétrasyllabe (5).

Chaque strophe se termine par un « refrain ».

Le dernier vers sonne comme un écho au titre.

 

 

 

 

Les figures de style du poème :

Le poème est principalement rythmé par l’anaphore de la préposition « sur » présente dans chaque strophe (exceptée la dernière).

Paul Eluard se sert aussi de la personnification (les saisons fiancées, la montagne démente, les sueurs de l’orage) ; d’assonances ( )et d’ allitérations ()

 

 

Liberte-Jean-Lurcat.png

 

Liberté, Jean Lurçat (1943) Tapisserie (basse lice), chaîne coton, trame laine

2,83 x 3,64 m  / Collection du musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine        

 

 

 

L’œuvre :

 

Sur un fond ocre jaune se détachent, au centre, deux astres passant l'un devant l'autre telle une éclipse. Dans les quatre coins de la tapisserie, on peut lire des extraits du poème de Paul Eluard, Liberté. Les derniers mots du poème viennent s'inscrire dans le soleil : … Pour te connaître / … Pour te nommer / Liberté

Dans le soleil découpé en quatre parties : on distingue en bas à gauche, sur fond noir, un serpent et la tige d'une plante fleurie qui s'épanouit en haut à gauche sur un fond clair ; en haut à droite, sur un fond noir, se détachent des visages alignés et, en bas, sur un fond blanc, s'inscrit le mot "Liberté".

Un coq est au-dessus du soleil, installé sur un trophée de cornes de taureau ; il porte les trois couleurs - bleu, blanc et rouge - du drapeau français.

Sur le fond de la tapisserie, il y a des nuages clairs et sombres, des étoiles et des extraits du poème.

 

Etude de l’œuvre :

 

La tapisserie est composée et tissée en 1943, clandestinement dans les ateliers d'Aubusson.

On retrouve dans cette œuvre un certain nombre de thèmes chers à Jean Lurçat auxquels il donne une résonance particulière dans ce contexte de la Résistance.

Le soleil rayonnant de flammes rouges apparaît comme symbole de la vie et de l'espoir. En contraste, la guerre est  représentée par l'astre sombre placé derrière le soleil. Cette ombre contient des crânes éparpillés, image de destruction et de mort. Le serpent rappelle son symbole tiré de la Bible, le mal contre lequel on doit lutter. Les visages alignés dans la lumière représentent la vie, la lutte armée de la Résistance.

Le coq placé au-dessus du soleil représente, quant à lui, le symbole de la France. Il est peut être ici une évocation de la victoire, un symbole triomphant de la résistance à l'ennemi.

 

Cette œuvre est peut-être l’évocation de la victoire, un symbole triomphant de la résistance (soleil) sur l’ennemi (astre sombre, lune).

 

 

Fiche réalisée par Mme Sylla

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Published by Profs - dans 3e Lettres 2014
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commentaires

hélène 13/06/2015 08:15

Bonjour,
une petite correction : il ne s'agit pas d'un tétrasyllabe (5 syllabes) mais d'un vers de 4 syllabes : j'é/cris/ton/nom ou pour/te/nom/mer ...
Cdt
Hélène