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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 14:04

Guernica.jpg

Guernica, Pablo R. PICASSO, 1937 (3,51m x 7,82m, huile sur toile ; Musée de la Reine Sofia, Madrid, Espagne). / Photographie de la ville de Guernica après les bombardements, Avril 1937.

 

Le bombardement de Guernica, petite ville située en plein pays basque espagnol, se déroule le 26 avril 1937, jour de marché. Quatre escadrilles aeriennes nazies engagées dans la guerre civile espagnole au côté du général Franco, y testent leurs nouvelles armes (presque 50 tonnes de munitions). 70% de la ville sera détruite. Une grande partie de ses habitants mourront dans le tout premier raid aérien sur une population civile sans défense. A l'origine, le tableau n'avait rien à voir avec le massacre. Mais face au photographies du désastre, PICASSO y intégra le bombardement comme rappel de ce que l'homme porte d'animal en lui. Il réserve donc une place primordiale aux symboles (c'est-à-dire, aux images servant à désigner une une idée, une pensée ou un concept), afin de rendre son œuvre universelle. Le procédé de représentation «cubiste» est ici approprié : il déconstruit les formes, les mélange, les associe et dissocie comme le feraient les bombes et leurs éclats. Les corps paraissent mutilés, souffrants ; pieds et mains sont découpés pour rappeler les privations de libertés qu'engendre la guerre. Un cri au centre du tableau, des regards dispersés : l'affolement domine la scène. Derrière chaque corps se cache un symbole. La femme et l'enfant à gauche renvoient aux Pietà de la religion chrétienne (un thème artistique représentant la Vierge Marie pleurant sur ses genoux le Christ descendu mort de la Croix). La femme qui sort d'une des fenêtres d'un batîment en flamme (à droite), une torche dans la main, évoque quand à elle la liberté, la justice, mise en danger et dont la lumière peine à s'imposer face au rayonnement des bombes. Un rayonnement lumineux si présent (alternance du noir et blanc sur toute la scène) qu'il rythme et organise le chaos ambiant. La lumière découpe la scène autant que les corps en plusieurs zones depuis le sommet du tableau. Elle symbolise la mise en lumière de cet évènement méprisé. Venant du ciel, d'où jaillissent de multiples rayons en direction des victimes, elle évoque aussi le feu des bombes qui se sont abattues. Enfin, la ressemblance de cette sorte d'ampoule avec un œil, désigne sans détour les bourreaux qui surveillent et punissent, autant Allemands qu'Espagnols. La mort habite le tableau jusque dans ses recoins. Il est en effet cerné d'une bordure, rappelant l'intérieur d'une chambre ou d'une boite. Plus que l'isolement de l'évènement, c'est la sensation d'enfermement, sans échappatoire, que cherche PICASSO, autant pour ses sujets victimes que pour ses spectateurs, dont les regards ne doivent pas se détourner de l'horreur montrée. Un cercueil gigantesque débordé par l'ampleur du massacre. Reste le choix du noir et blanc : pour PICASSO le massacre se suffit à lui-même, l’horreur n’a pas besoin de couleurs. Le noir et blanc rappelle les photos de guerre des journaux de l'époque. Peindre en noir et blanc, c'est donc revendiquer une volonté documentaire, tout en y apportant sa propre idée. La couleur aurait pu rendre le tableau plus vivant, dynamique, « instantané » ; le noir et blanc le rend intemporel, figé dans le temps, ses cris résonnant à jamais. Et Guernica ville-massacrée de devenir Guernica symbole des massacres perpétrés dans le monde. Plus que jamais, déconstruire pour reconstruire : tirer de la cruauté la force de rebâtir la paix. Ce n'est donc pas un simple travail de mémoire sur un événement, mais sur l'horreur universelle de la guerre et ses conséquences toujours funestes.

 

 

Fiche réalisée par M. Valery

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