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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 18:01

La chanson de Craonne (1917), auteur anonyme

 

 

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot

On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là-haut en baissant la tête.

 

Refrain

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

 

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards                   

Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,

Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

 

Refrain

 

 Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,

Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe

Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

 

Refrain

 

 

Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,

Payez-la de votre peau !

 

Cette chanson, dont les auteurs, multiples, sont anonymes, a été écrite sur l'air de Bonsoir M'amour (Adelmar Sablon, 1911). Cette valse musette, joyeuse, contraste avec les paroles très sombres. Les paroles sont connues par la version de Paul Vaillant-Couturier, journaliste communiste, qui en publie une version en 1919.

Cette chanson a été chantée entre 1915 et 1917 en adaptant les paroles selon les lieux de bataille évoqués (Verdun par exemple...).

 

Contexte

 

Cette chanson a été notamment chantée lors des mutineries du Chemin des Dames. Les soldats se sont révoltés et ont refusé d'aller se battre. Elle est également contemporaine des révolutions russes.

Ses paroles sont très politisées et sont orientées à l'extrême-gauche de l'échiquier politique puisque la chanson met directement en cause les riches ("les gros", "ceux qu'ont le pognon") qui échappent aux combats ("embusqués"). Pour les auteurs, la guerre est donc une guerre voulue par les riches, payée par le sang des pauvres.

Cette chanson n'est donc pas appréciée des dirigeants français puisqu'elle remet en cause l'union sacrée (l'union de tout le pays autour de l'effort de guerre) et qu'elle incite les soldats à déserter ou à se révolter ("on en a assez, personne veut plus marcher", "les trouffions vont tous se mettre en grève"). Elle est antipatriotique et se veut pacifiste.

Elle permet également de dénoncer les conditions de vie déplorables des soldats dans les tranchées, alors que la censure ne laissait pas de telles nouvelles circuler à l'arrière.

Cette chanson a été interdite sur les ondes jusqu'en 1974!

 

Fiche réalisée par Mme Veyrières

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