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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 17:23

  1) L'Affiche rouge (février 1944)

affiche rouge

 

En février 1944, une gigantesque affiche rouge est placardée sur les murs des grandes villes de F

rance. Elle prése

nte dix résistants parmi les 23 du « groupe Manouchian » qui seront fusillés par les Allemands le 21 février 1944 au Mont Valérien.

 

 

 

 

a) Composition de l’affiche 

            Les couleurs utilisées ont une connotation morbide : rouge (= sang) et noire (= mort).

            Les portraits en noir et blanc des 23 « terroristes » cherchent à soutenir la thèse des auteurs de l’affiche : hirsute, visages patibulaires… Ils sont disposés en triangle, dont le sommet est occupé par le portrait de Manouchian, pour former une flèche orientée vers le bas de l’affiche.

            En dessous de ces portraits apparaissent des photos rectangulaires relatant des actes terroristes (déraillement de trains), montrant des cadavres, un corps attaché transpercé de balles et, au centre, une saisie d’armes.

        b) Rôle du texte sur l’affiche

On remarque une légende correspondant à chaque portrait patronyme, dans laquelle est indiquée la nationalité et l’idéologie (= étranger et dangereux) de chaque homme ainsi que le nombre d’attentats commis. 

Tout concourt à présenter ces hommes comme des terroristes dangereux, dépourvus de toute humanité.

 

 

 

Cette affiche est une affiche de propagande, destinée à influencer l’opinion du destinataire au moyen d’un montage de photos, d’images et de textes évocateurs, choisis pour cet effet.   

Les auteurs de cette affiche souhaitent convaincre les Français que le groupe dirigé par Michel Manouchian est composé de terroriste et que ces hommes œuvrent pour le désordre et la mort, face à l’ordre établi par l’armée allemande. L’affiche doit également dissuader ceux qui auraient envie d’entrer dans la Résistance.  

 

  2)  Strophes pour se souvenir

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

Louis ARAGON, poème issu du Roman inachevé, Gallimard, 1956

 

 

 

Ce poème d’Aragon rappelle la mort du groupe Manouchian, résistants fusillés par les Allemands à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Le poète utilise la polyphonie (plusieurs voix) :

-D’abord (vers 1 à 18), il s’adresse directement aux résistants de l’affiche rouge (« vous ») et met en place une véritable commémoration (cérémonie en souvenir d’une personne ou d’un événement)

 

-Il propose ensuite une paraphrase (= reformulation) poétique de la lettre que Manouchian a écrite le matin de son exécution dans le but de susciter l’émotion du lecteur (vers 18 à 30, en italique). On remarque l’anaphore de " Adieu " ainsi que l’allitération en m : " Ma Mélinée ", " mon amour ", " mon orpheline "

 

Aragon évoque de façon subjective l’affiche rouge (2ème strophe) pour dénoncer la manipulation que ses auteurs ont voulu exercer sur les passants.

Il montre également l’échec de celle-ci en signalant que l’indifférence de la foule le jour était remplacée par des hommages la nuit (« Morts pour la France ») La dernière strophe s’apparente à une épitaphe (= inscription sur un tombeau) et rappelle la valeur de leur sacrifice.

Ce poème engagé a pour objectif de rétablir la vérité et de faire en sorte que le sacrifice de ces hommes ne soit pas oublié.

 

 

Fiche réalisée par Mme Vauthier

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Published by Profs - dans 3e Lettres 2014
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