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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 14:08

friedrich

Le voyageur contemplant une mer de nuages(détail), Caspar David Friedrich, 1818, Huile sur toile, 74.8 x 94,8 cm, Hambourg Kunsthalle (Hambourg, Allemagne).

 

La profondeur a toujours été un sujet majeur en peinture. Pendant longtemps (et souvent encore aujourd'hui), la qualité d'une peinture se jugeait à sa capacité à retranscrire l’aspect tridimentionnel de la réalité. L'illusion de la profondeur constituait l'idéal à atteindre, puisqu’elle donnait non plus la sensation de regarder une image, mais de regarder comme par une fenêtre. Toutefois, pour certains peintres, la profondeur à atteindre était aussi d'ordre spirituel. Les sentiments, l'expérience personnelle et le merveilleux furent les bases du Romantisme, mouvement artistique apparu au cours du 18ème siècle en Grande Bretagne et en Allemagne, en opposition au monde rationnel des philosophes des "Lumières". Pour le romantique, le "vrai" ne se trouvait pas dans le domaine intellectuel, mais dans une contemplation de la nature humaine et de la Nature elle-même.

 

Caspar David Friedrich, né en 1774 et mort en 1840, était l’un des peintres romantiques allemands le plus influent du 19ème siècle, tant pour ses observations minutieuses de la nature que pour la dimension spirituelle et religieuse qu'il donnait à ses tableaux. Pour lui en effet, la peinture de paysage était le seul genre de peinture capable de mettre l'homme en relation avec Dieu et la Nature. Peindre ne se résumait pas à une simple activité de décalque ou d'observation : il s'agissait de mêler son propre état d'esprit à la représentation de la nature (comme les peintres chinois du premier millénaire le préconisaient pour leur peinture "shanshui"), de contempler l'infini de la nature et de méditer devant sa puissance, sa grandeur, comme nous le feriont devant Dieu. Friedrich pensait que la nature était la partie visible de la création divine ; aussi lorsque nous regardions la nature, création de Dieu, nous cherchions à rencontrer notre Créateur.

 

Selon cet ordre d’idée, il peint en 1818 Le voyageur contemplant une mer de nuages. L'homme au premier plan se dresse sur un haut rocher au-dessus des nuages, et scrute l’horizon de ce paysage imaginaire et symbolique, semblable à une mer hérissée de récifs dangereux. Du sommet de sa montagne, et donc de son existence, il contemple le chemin qu’emprunte le défunt partant à la rencontre de Dieu. Les rochers qui se dressent devant lui symbolisent ici la foi chrétienne : pour rejoindre Dieu, il devra traverser cette étendue et connaître différentes épreuves. Car selon Friedrich, rencontrer Dieu se mérite, et constitue de fait une quête perpétuelle autant qu’universelle. Cet homme peut être n'importe quel homme, puisque présenté seul, de dos, sans visage. Le regardeur peut s'y identifier, profiter grâce à sa position légèrement en retrait du même point de vue, et de fait, ressentir les émotions de sa contemplation. L'aspect “divin” du tableau tient dans sa capacité à créer une profondeur quasi-irréelle, synthèse de toutes les techniques connues. La construction est verticale, comme une ascension. Les tailles diminuent progressivement en fonction de la distance. Friedrich utilise une alternance de plans clairs/obscurs : les plans sombres des monts sont entrecoupés par des plans lumineux de nuages d’où ils semblent surgir ; composition qui, une nouvelle fois, évoque les estampes traditionnelles chinoises, faîtes de vide et de plein. Il n'y a pas vraiment de superposition des plans, les uns derrières les autres, mais plutôt une succession, les uns à la suite des autres. Au loin, les formes deviennent de plus en plus floues, se dissolvent et s'éclaircissent d'une teinte bleutée. Friedrich utilise ici la technique de la perspective atmosphérique, dérivée de celle mise au point par Léonard de Vinci à la fin du 15ème siècle : le sfumato (qui signifie évanescent, dérivé de l'italien fumo, la fumée). Elle consistait à adoucir progressivement les formes souhaitées lointaines sur la peinture, tout en les teintant progressivement de bleu, couleur de l'atmosphère. Les formes finissent par se perdre et se confondent avec le ciel. Bien qu'il n’y ait pas vraiment de perspective, un point de fuite semble paradoxalement se dessiner sur l'homme, alors même qu'il est au premier plan (le point de fuite est habituellement le point le plus éloigné de nous). Placé au centre du tableau, au croisement de ses diagonales, deux plateaux montagneux semblent en effet se diriger avec précipitation vers lui. Moyen pour Friedrich de rappeler que l'homme reste au centre des préoccupations du romantisme, et que sa quête spirituelle est aussi intérieure qu'extérieure.

 

 

Fiche réalisée par M. Valery

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commentaires

nn665 22/03/2015 15:02

Bonjour auriez vous une oeuvre en lien à me proposer pour mon histoire des arts